Fourches de chariot élévateur : classes ITA, dimensions, usure de 10 %, rallonges, règle des 2/3, barrures, types de fourches et conformité CNESST.
Les fourches sont probablement les pièces les plus importantes — et parmi les plus sous-estimées — d’un chariot élévateur.
Elles supportent directement la charge, transmettent les efforts au tablier et influencent la façon dont la charge agit sur le centre de gravité combiné du chariot.
Une fourche n’est donc pas simplement « une barre d’acier de la bonne longueur ».
Pour choisir, remplacer ou inspecter correctement des fourches, il faut notamment connaître :
- leur capacité;
- leur longueur;
- leur largeur;
- leur épaisseur;
- leur classe de tablier;
- leur type d’accrochage;
- leur centre de charge nominal;
- le type de pointe et de profil;
- leur niveau d’usure;
- l’état des crochets;
- l’état des barrures;
- le type de charge manipulée;
- les accessoires ou rallonges utilisés.
Une mauvaise fourche peut entrer physiquement sur un chariot tout en étant techniquement inadéquate.
La règle des 2/3 : un principe essentiel
Au Québec, la documentation de référence de la CNESST indique que la longueur des fourches doit être au moins égale aux deux tiers de la longueur de la charge.
Autrement dit :
longueur des fourches ≥ 2/3 de la longueur de la charge
Exemple :
Une charge mesure 72 po de profondeur.
72 × 2/3 = 48 po.
Des fourches de 48 po représentent donc le minimum correspondant à cette règle.
Cela ne signifie toutefois pas qu’une fourche de 48 po est automatiquement appropriée à n’importe quelle charge de 72 po.
Il faut encore vérifier :
- la position réelle du centre de gravité;
- la répartition du poids;
- la stabilité de la charge;
- le centre de charge;
- la capacité résiduelle du chariot;
- les directives du fabricant.
Une charge très lourde à l’extrémité extérieure n’agit pas comme une charge uniforme.
Les rallonges ont elles aussi une règle des 2/3
Il existe ici une deuxième relation importante.
La référence utilisée au Québec indique qu’une rallonge ne doit pas dépasser 150 % de la longueur de la fourche qui la supporte.
Mathématiquement, cela revient à dire que la fourche doit représenter au moins les deux tiers de la longueur de la rallonge.
Longueur de la fourche ≥ 2/3 de la longueur de la rallonge
Exemple :
Fourche de 48 po × 1,5 = rallonge maximale de 72 po.
Ou vu dans l’autre sens :
72 po × 2/3 = 48 po.
Il faut donc distinguer les deux règles :
1. La fourche doit soutenir adéquatement la charge : au moins 2/3 de sa longueur.
2. La fourche doit également soutenir adéquatement la rallonge : la rallonge ne doit pas excéder 150 % de la longueur de la fourche porteuse.
Ce ne sont pas exactement la même vérification.
Une rallonge n’est pas simplement un morceau de tube
Une rallonge de fourche doit être conçue pour la section de fourche sur laquelle elle sera installée.
Il faut vérifier notamment :
- sa longueur;
- sa largeur intérieure;
- son dégagement en hauteur;
- l’épaisseur des fourches;
- sa capacité nominale;
- son système de retenue;
- le type de charge;
- la capacité du chariot;
- le centre de charge résultant.
Les rallonges doivent être solidement retenues afin qu’elles ne puissent pas glisser ou se dégager accidentellement.
Elles ne doivent pas non plus être utilisées comme si toute leur longueur pouvait être chargée arbitrairement à leur extrémité.
Certaines rallonges sont conçues pour une charge répartie uniformément. Des applications particulières ou des charges concentrées peuvent nécessiter une solution différente.
Lorsque l’application est régulière plutôt qu’occasionnelle, l’utilisation de véritables fourches plus longues ou de fourches télescopiques peut être une meilleure solution.
Avant de percer une fourche pour installer une boule de remorque : renseignez-vous
Nous voyons parfois des fourches auxquelles quelqu’un aimerait ajouter une boule de remorque, un crochet ou un autre dispositif en perçant ou en soudant directement la fourche.
Ce n’est pas la première solution à envisager.
Il existe déjà des attachements de remorquage conçus pour les chariots élévateurs.
Selon l’application, on peut notamment retrouver :
- adaptateur avec boule de remorque;
- receiver de 2 po;
- pintle hitch;
- combinaison boule/pintle;
- attachement qui s’enfile sur les deux fourches;
- attachement verrouillé derrière le talon des fourches;
- attachement avec chaînes de sécurité;
- attachement installé directement sur un tablier ITA.
Certains systèmes peuvent donc permettre de déplacer une remorque sans percer ni souder les fourches.
Avant toute modification, il faut vérifier :
- la capacité de remorquage de l’attachement;
- le poids maximal sur la flèche de la remorque;
- le poids total de la remorque;
- la méthode de retenue;
- la compatibilité avec les fourches;
- les directives du fabricant du chariot;
- les capacités du chariot;
- la stabilité;
- les exigences applicables à l’utilisation prévue.
Une boule de remorque soudée au hasard sur une fourche n’est pas l’équivalent d’un attachement conçu, coté et retenu correctement.
Percer ou souder une fourche?
La documentation de la CNESST demande expressément de vérifier s’il y a eu soudure ou perforation de trous sans l’accord du fabricant.
Une fourche est un élément porteur traité thermiquement et conçu pour subir des contraintes importantes.
Un trou peut :
- réduire la section résistante;
- créer une concentration de contraintes;
- favoriser l’apparition d’une fissure;
- modifier la capacité de la fourche.
Une soudure ou un apport de chaleur peut aussi modifier localement les propriétés métallurgiques de l’acier.
Le principe est donc simple :
ne pas percer, souder, chauffer, redresser ou modifier une fourche sans procédure et autorisation appropriées.
Le Règlement sur la santé et la sécurité du travail exige également qu’un appareil de levage réparé ou modifié conserve un niveau de sécurité approprié et encadre les modifications qui changent sa capacité ou son utilisation.
10 % d’usure : la fourche doit être retirée du service
Le seuil de 10 % est particulièrement important.
L’usure se manifeste souvent sous le plat de la fourche, près du talon, là où la fourche passe de sa partie verticale à sa partie horizontale.
Lorsque la fourche a perdu 10 % de son épaisseur originale dans la zone mesurée, elle doit être retirée du service.
Ce chiffre peut sembler faible.
Pourtant, les fabricants spécialisés en fourches indiquent qu’une perte d’épaisseur de seulement 10 % entraîne approximativement une réduction de 20 % de la capacité portante.
Une inspection visuelle seule n’est donc pas toujours suffisante.
Une jauge ou un pied à coulisse approprié permet de comparer l’épaisseur originale, généralement mesurée sur une partie non usée, avec la zone d’usure.
Ce qu’il faut inspecter sur une fourche
L’inspection ne s’arrête pas à l’épaisseur.
Il faut surveiller notamment :
- fissures;
- usure du plat;
- usure du talon;
- déformation;
- torsion;
- angle du talon;
- différence de hauteur entre les deux pointes;
- crochets supérieurs;
- crochets inférieurs;
- soudures;
- perforations;
- barrures;
- marquage;
- dommages aux pointes;
- déformation latérale.
Une paire de fourches travaille ensemble.
Une fourche fortement différente de l’autre constitue également un signal d’alarme.
Les barrures de fourches sont un dispositif de sécurité
Les fourches ITA à crochets sont normalement équipées d’un mécanisme de positionnement qui permet de les verrouiller dans les encoches du tablier.
Au Québec, on parle couramment de barrures de fourches, de verrous de positionnement ou de locking pins.
Leur fonction est importante : empêcher la fourche de se déplacer latéralement de façon involontaire sur le tablier.
Une barrure :
- absente;
- cassée;
- grippée;
- pliée;
- qui ne descend plus dans son encoche;
- ou qui ne verrouille pas correctement
doit être corrigée.
La documentation de la CNESST demande d’ailleurs de vérifier le fonctionnement des verrous de positionnement des fourches.
Une fourche ne devrait pas simplement être laissée libre de glisser sur son tablier parce que « la charge va la tenir en place ».
Classe de tablier : Class I, II, III, IV et V
Les fourches à crochets utilisées sur de nombreux chariots élévateurs sont normalisées selon des classes de montage ITA/ISO.
Attention : la classe de tablier ITA I à V n’est pas la même chose que les classes de chariots 1 à 7 utilisées pour classifier les types de chariots élévateurs.
Ici, nous parlons de la dimension du tablier et des crochets des fourches.
Les plages couramment utilisées en Amérique du Nord sont approximativement les suivantes.
Classe I
Pour les petits équipements, jusqu’à environ 1 999 lb de capacité nominale à un centre de charge de 24 po.
Hauteur de référence du tablier : environ 13 po.
Distance de référence entre les crochets : environ 12,05 po.
Classe II
Très commune sur les chariots d’entrepôt.
Environ 2 000 à 5 500 lb à un centre de charge de 24 po.
Hauteur du tablier : 16 po.
Distance de référence entre les crochets : environ 15,04 po.
Classe III
Courante sur les chariots de capacités intermédiaires.
Environ 5 501 à 10 000 lb à 24 po de centre de charge.
Hauteur du tablier : 20 po.
Distance entre les crochets : environ 18,78 po.
Classe IV
Pour les applications plus lourdes.
Environ 10 001 à 17 500 lb à 24 po.
Hauteur du tablier : 25 po.
Distance entre les crochets : environ 23,54 po.
Classe V
Pour les chariots lourds.
Environ 17 501 à 24 000 lb à 24 po.
Hauteur du tablier : environ 28,67 po.
Distance entre les crochets : environ 26,77 po.
Ces valeurs sont des références de classification. Elles ne remplacent jamais la plaque du chariot, le marquage de la fourche ou les spécifications du fabricant.
Classe A ou B : encore une autre dimension à vérifier
À l’intérieur de certaines classes ITA/FEM, on rencontre également des configurations A et B.
La différence concerne notamment la position verticale de la fourche et son dégagement par rapport au sol.
Deux fourches peuvent donc être toutes les deux « Classe III » sans nécessairement avoir exactement la même configuration de crochet.
C’est une autre raison pour laquelle commander une fourche simplement en disant :
« J’ai besoin d’une fourche de 48 po classe 3 »
peut être insuffisant.
Quelles sont les longueurs de fourches courantes?
Dans les applications industrielles, on rencontre fréquemment des longueurs comme :
- 36 po;
- 42 po;
- 48 po;
- 54 po;
- 60 po;
- 72 po;
- 84 po;
- 96 po.
Les 42 po et 48 po sont extrêmement courantes en manutention de palettes.
Mais « standard » ne signifie pas universel.
Une fourche de 48 po peut être offerte dans plusieurs :
- largeurs;
- épaisseurs;
- capacités;
- classes de montage;
- profils;
- types de pointe.
Largeur et épaisseur : la longueur ne suffit pas
Lorsqu’on décrit une fourche, on utilise généralement trois dimensions fondamentales :
épaisseur × largeur × longueur
Par exemple :
1,5 po × 4 po × 48 po
Mais deux fourches de 48 po peuvent avoir des capacités complètement différentes.
Des sections courantes peuvent ressembler, selon la capacité et l’application, à :
- 1,25 × 4 po;
- 1,5 × 4 po;
- 1,75 × 5 po;
- 2 × 5 po;
- 2 × 6 po;
et plusieurs autres combinaisons.
Il ne faut donc jamais déterminer la capacité d’une fourche uniquement à partir de sa taille apparente.
Le marquage, la classe, le fabricant et les données techniques demeurent essentiels.
La capacité inscrite sur les fourches
Les fourches devraient porter un marquage permettant d’identifier leur capacité nominale.
Cette capacité doit être interprétée avec son centre de charge.
Une paire de fourches donnée pour une certaine capacité à 24 po de centre de charge n’offre pas automatiquement la même capacité si le centre de gravité de la charge est déplacé beaucoup plus loin vers l’avant.
C’est la même logique que pour le chariot lui-même.
Le moment créé par la charge dépend de son poids et de sa distance.
Une charge plus longue ou un attachement qui déplace la charge vers l’avant peut donc réduire la capacité résiduelle réelle de l’ensemble.
Voir également notre guide :
Capacité réelle d’un chariot élévateur : centre de charge, centre de gravité et stabilité.
Plus longues ne veut pas dire plus fortes
Installer des fourches de 60 ou 72 po à la place de fourches de 42 ou 48 po n’augmente absolument pas la capacité nominale du chariot.
Les fourches plus longues peuvent être nécessaires pour une charge donnée, mais elles peuvent aussi :
- augmenter leur propre poids;
- favoriser davantage de flexion;
- permettre de placer la charge plus loin;
- modifier l’application;
- rendre certaines manœuvres plus difficiles.
La capacité du chariot doit toujours être analysée selon la position réelle du centre de gravité de la charge et les attachements installés.
Les principaux types de fourches
Il existe beaucoup plus de types de fourches que les modèles standards que l’on voit sur les chariots d’entrepôt.
Fourches ITA ou hook-on
Ce sont les fourches à crochets extrêmement courantes en Amérique du Nord.
Elles s’accrochent aux barres supérieure et inférieure du tablier.
Elles sont disponibles dans différentes classes ITA.
Fourches à axe, à œil ou pin-type
Elles sont montées sur un axe traversant un œil situé dans la partie supérieure de la fourche.
On les retrouve notamment sur des chariots de grande capacité, des équipements de construction et certaines applications extérieures.
Contrairement aux fourches ITA, leurs dimensions de montage ne sont pas nécessairement uniformisées de la même manière.
Fourches boulonnées
Elles sont fixées au tablier ou à l’attachement au moyen de boulons.
Elles sont utilisées dans certaines applications particulières, notamment avec des attachements.
Fourches télescopiques
Elles permettent de modifier la longueur utile des fourches.
Elles peuvent notamment servir :
- au stockage double profondeur;
- au chargement de remorques;
- aux charges de dimensions variables;
- à certaines applications où les rallonges conventionnelles seraient utilisées fréquemment.
Fourches relevables ou pliantes
Le plat peut être relevé lorsque les fourches ne sont pas utilisées.
Cela peut être utile lorsque la longueur hors tout du chariot pose problème.
Fourches décalées ou offset
La géométrie de la partie verticale ou du plat est modifiée pour répondre à une application particulière.
Fourches inversées
Certaines applications requièrent une géométrie ou un montage inversé.
Fourches pour blocs et briques
Elles sont conçues spécialement pour la manutention de blocs, briques ou matériaux similaires.
Fourches pour bois
Elles peuvent avoir des profils, talons, pointes ou formes adaptés aux produits forestiers et au bois.
Fourches pour gypse
Leur géométrie est adaptée à la manutention de panneaux et à la réduction des dommages au produit.
Fourches pour bobines
Certaines fourches peuvent être profilées ou adaptées afin de manutentionner des bobines ou rouleaux.
Fourches inoxydables ou recouvertes d’inox
Elles sont utilisées dans des environnements alimentaires, sanitaires ou corrosifs.
Fourches antidérapantes ou avec revêtement
Certains produits permettent d’améliorer l’adhérence ou de protéger la marchandise.
Fourches à réduction d’étincelles
Des solutions spécialisées existent pour certains environnements où la production d’étincelles doit être contrôlée.
Il existe encore plusieurs autres configurations spéciales.
Le bon réflexe est donc de décrire l’application avant de simplement demander « deux fourches ».
Les pointes et profils peuvent également changer
La pointe d’une fourche peut être :
- standard;
- amincie;
- fortement effilée;
- polie;
- chanfreinée;
- adaptée à des palettes très basses;
- conçue pour faciliter l’entrée sous certains produits.
Un profil mince peut être extrêmement utile pour entrer dans une palette particulière, mais la géométrie d’une fourche influence également sa résistance.
Le choix doit donc être fait selon les données du fabricant.
Que mesurer pour commander les bonnes fourches?
Pour éviter les erreurs, fournissez idéalement :
- marque du chariot;
- modèle;
- numéro de série;
- capacité nominale du chariot;
- centre de charge nominal;
- photo de la plaque signalétique;
- type de tablier;
- classe du tablier;
- configuration A ou B lorsqu’applicable;
- longueur de la fourche;
- largeur du plat;
- épaisseur du plat;
- hauteur du dos;
- distance entre les crochets;
- type de fixation;
- capacité estampée sur la fourche;
- photo du marquage;
- photo du crochet supérieur;
- photo du crochet inférieur;
- photo de la barrure;
- photo complète du tablier.
Et surtout :
expliquez ce que vous voulez manutentionner.
Une bonne recommandation commence par la charge et l’application, pas seulement par les dimensions de l’ancienne fourche.
Quand remplacer des fourches?
Une fourche peut devoir être retirée ou évaluée lorsqu’on observe notamment :
- 10 % ou plus d’usure;
- fissure;
- déformation permanente;
- différence importante entre les deux fourches;
- crochet fortement usé;
- barrure défectueuse;
- marquage illisible;
- modification non documentée;
- trou ajouté;
- soudure suspecte;
- dommage important à la pointe;
- torsion;
- perte de géométrie.
Une fourche endommagée n’est pas un composant sur lequel on improvise une réparation.
En résumé
Pour choisir correctement des fourches de chariot élévateur, il faut considérer ensemble :
charge + dimensions + centre de gravité + centre de charge + capacité + tablier + classe + type d’accrochage + environnement + application.
Les règles simples à retenir :
Fourches : au moins 2/3 de la longueur de la charge.
Rallonges : maximum 150 % de la longueur des fourches porteuses, donc fourches d’au moins 2/3 de la longueur des rallonges.
10 % d’usure : retrait du service.
Barrures : présentes et fonctionnelles.
Trou ou soudure : pas sans autorisation appropriée.
Besoin d’une boule de remorque : regardez d’abord les attachements conçus pour cette application avant de modifier une fourche.
Plus long ne veut pas dire plus fort.
Même longueur ne veut pas dire même fourche.
Besoin de fourches, de rallonges ou d’un attachement adapté à votre application?
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Nous pouvons vous aider à identifier les bonnes dimensions à partir du chariot, du tablier, des anciennes fourches et surtout de l’application réelle.



